Les héros de la 8e demi-brigade de ligne
Lettres du soldat Bruxellois Vanaisse : Caporal à la 8ème Compagnie, 1er bataillon, 8ème Régiment de Ligne
L’Armée commandée par Mr le Maréchal Bernadotte
Très aimablement transmises par Mr Jean-Jacques Pattyn, historien.
Mes Très Chers Parents,
J’ai l’honneur de vous écrire la présente espérant qu ‘elle vous trouvera dans une aussi parfaite santé que la mienne. Je vous communique, par la présente, que voilà deux cents lieues que nous faisons ; nous avons traversé toute l’Hanovre, la principauté du prince de Escassel, la Franconie, une grande partie de la Prusse, et la Bavière où nous sommes dans la ville Capitale, voici quatre jours, pour recevoir l’ordre du départ ; pour nous battre avec les Autrichiens qui sont à six lieues d’ici, on nous a donné à chaque 50 cartouches. Nous avons avec nous 25 mille hommes de Bavarois, une grande partie de Hollandais, et l’on dit approchant deux cent mille Français. Il y a déjà eu quelques batailles de faites, avec les Bavarois et quelques troupes de chez nous. Enfin que l’on a pris, en tout, approchant 16 à 17 mille prisonniers de l’ennemi et quelques pièces de canons.
Il se fera, mes Chers Parents, une terrible bataille pour passer l’Inn qui est à 12 lieues d’ici et, si nous le passons, nous parcourrons jusqu’à Vienne, et même plus loin, car on tâchera de détrôner l’Empereur.
Ah, puis-je m’échapper de ce malheureux spectacle qui va se présenter à mes yeux, afin que je puisse avoir le bonheur de vous revoir encore, et de vous conter les aventures qui me seront arrivées, et ce que j’aurai souffert dans ce malheur.
Nous avons bivouaqué 15 jours qu’il n’a fait que tomber de l’eau et de la neige sans cesser. Il nous a manqué du pain pendant deux jours, de manière que quand nous arrivâmes sur la position, ayant fait 7 à 8 lieues, il fallait, pour lors, chercher des vivres à une lieue, deux lieues, où on pouvait les trouver ; le 11 dudit j’ai encore tué un mouton, pour faire la soupe, et demandé un pain où je n’ai eu qu’un morceau. Ainsi, je vous laisse à penser les choses que l’on est forcé de faire en campagne, nombre d’autres que je ne vous exprime ci-dessus. Je ne doute que vous aurez reçu les deux lettres que je vous ai écrites l’autre envoyée par un Caporal et l’autre par la poste. Vous me ferez part, par la 1ère que vous m’écrivez, si ma sœur a reçu une tresse de cheveux garnie en or, que j’avais mise dans la lettre envoyée par le Caporal. Je finis en attendant l’honneur de vous réécrire de bonnes ou mauvaises nouvelles.
Votre très humble et très obéissant serviteur .
Vanaisse Ch.
P.S. Bien des compliments à Maman, frères, sœurs toute la famille et amis, et embrassez-les pour moi.
Adieu, peut-être à jamais. Je vous ferai part si tout va bien à mon avantage.
L’adresse : A Monsieur Vanaisse
Caporal à la 8ème Compagnie, 1er bataillon
8ème Régiment de Ligne
L’Armée commandée par Mr le Maréchal Bernadotte
Quand vous m’écrirez, vous demanderez à Monsieur Roydeau, le Capitaine de recrutement, en quelle position est le 8ème Régiment.
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Closter-Eilbronn 23 Juillet 1806
A Mademoiselle Vanaisse,
Vous tardez bien longtemps, ma chère Sœur! de répondre à la lettre que je vous ai écrite le 24 Avril dernier. Vous savez sans doute que j’ai demandé à toucher 2 Louis de Mr Daunij et que vous les remettriez à Mr le Capitaine Ailliet, ne recevant point de réponse, je me vois forcé de rappeler, une seconde fois, à votre souvenir, que je me trouve dans la plus grande nécessité. Vous voudrez donc bien faire en sorte que je puisse toucher cette somme au plus tôt possible. Car je suis dans la crotte ! Persuadé que vous ferez tous vos efforts pour cet objet à mon égard et que je n’aurai point lieu de croire que vous y mettez de la négligence.
J’ose donc espérer, chère sœur ! que sous peu vous m’écrirez une réponse satisfaisante.
Vous trouverez ci-inclus une liste de villes et villages où nous avons passé depuis notre départ d’Hanovre, vous verrez les marches et contre-marches que l’on est obligé de faire en temps de guerre.
J’espère que vous êtes en aussi bonne santé que moi. Ainsi que mon frère le Ministre des Charrons, et mon frère le Grand Chancelier des Ebénistes. Mandez-moi, je vous prie, les chefs d’œuvre qu’ils ont déjà faits depuis le temps qu’ils sont à ces métiers.
Chère Sœur ! vous satisferiez les plus tendres de mes désirs si vous voulussiez m’envoyer une bague de vos cheveux mélés de ceux de notre chère Maman. J’aurais pour lors un souvenir que je conserverais et chérirais toute ma vie, je vous joins la mesure de mon doigt, dans la présente lettre, afin que vous la puissiez faire faire de suite. J’espère que vous êtes toujours contente chez Mr Huijbrecht et qu’il vous traite comme je pense.
Adieu, adieu ma sœur. Je vous embrasse et suis pour la vie.
Votre frère
Vanaisse
Secrétaire
P.S. Vous voudrez bien faire les compliments à toute la famille et amis sans oublier Mr V… et Mr F. Stroobant. Si le Capitaine Ailliet n’est pas de retour de Paris vous lui remettrez cette somme quand il sera revenu mais cela ne doit pas vous empêcher de m’écrire pour la toucher de Mr Daunij.
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Closter-Eilbronn 23 Juillet 1806
A Monsieur et Madame Vanaisse !
Voilà mes chers Parents ! que nous venons de quitter la ville d’Anspach, pour aller cantonner dans les villages du même Pays, où il n’y règne que la plus grande misère accompagnnée d’une malpropreté sans égal ; nous avons resté l’espace de 3 mois et ½ dans cette ville où nous étions divinement bien et, actuellement nous sommes très mal, ce qui nous enlégume ! L’Etat-Major du Régiment est dans un bourg à 4 lieues d’Anspach sur la route de Neurenberg, où nous sommes un peu mieux que le Régiment, mais je n’ai plus la bouteille de vin à chaque repas comme j’avais à la ville, ni toutes les douceurs que me prodiguaient les gens de ce logement que j’ai quitté avec regret. Il me paraît que l’on veut nous faire rester ici pour quelques temps, car il n’y a point question de départ, nous n’entendons rien dire, et tout est de la plus grande tranquillité.
Je présume cher Papa, que vous oubliez tout à fait votre fils Charles, voilà dix mois passés que vous ne lui avez fait l’honneur de lui écrire. Il ne sait, en vérité, à quoi attribuer un silence qu’il désirerait vous faire cesser ; il ne croit cependant pas vous avoir offensé ni donner aucun sujet de mécontentement. Enfin il vous engage, sans délai, de lui écrire, sinon vous aurez un duel, depuis quelque temps il apprend à tirer les armes, et ma foi il ne fait pas bon d’avoir querelle avec lui, il pourrait même tôt ou tard venir vous chercher dispute et se battre à bras col avec vous ; vous voyez, Papa, de la manière qu’il se vengerait si vous le privez plus longtemps du bonheur de recevoir une de vos lettres. Vous voudrez bien me mander, dans la première lettre, si vous êtes totalement acquitté de l’arriéré de votre pension, si l’on paye exactement et de la manière que l’on a agit envers tous les pensionnés du prince Charles.
Veuillez aussi me faire connaître si la conscription a toujours lieu et si mon frère Joseph a déjà atteint l’âge pour tirer au sort. Il y a ici quelques Militaires à qui leurs Parents on demandé un Certificat constatant qu’ils existaient au Corps, pour servir à exempter leurs frères qui ont atteint l’âge de la conscription et d’après ce que j’ai entendu dire, il doit y avoir une loi pour ce sujet, mais je ne sais point si elle exige, que, soit le Père ou la Mère doit être décédé ou non ; en conséquence je vous prie de vous en informer et tacher, s’il est possible d’en exempter mon frère Joseph.
Monsieur Pineaud, notre gros Major, parti d’Anspach le 1er Avril dernier pour rejoindre le dépôt du Régiment, a eule malheur de se tuer dans sa chambre le 24 dudit, avec un pistolet, on ne sait le motif de cette folie, il est remplacé pa Monsieur Juillet sortant du 50ème Régiment de Ligne.
J’espère que vous êtes tous en bonne santé, quant à moi je me porte toujours bien, Grâce à Dieu, malgré que j’ai essuyé quelques chagrins pour une charmante demoiselle, (Amélie est son nom), que j’ai dû quitter en partant d’Anspach, vous me direz qu’un militaire de mon espèce ne peut que très peu de choses de la connaissance d’une demoiselle, mais je vous assure, qu’elle portait parasol et réticule, ainsi ce n’était point de la petite bière.
Parlons de ma chère Maman, après que vous aurez lu l’article de Mademoiselle Amélie, elle dira que je suis un jeune homme perdu, que cette connaissance m’aura débauché, et que je suis dans le cas de faire une folie, enfin, il me paraît que je la voie joindre les mains en disant : « Mijn zoon die is verloren ». Mais vous pouvez la rassurer qu’aucun sujet de la genre est capable de me mettre hors le chemin de la bonne conduite. S’il y a quelques petites nouvelles ou accidents survenus entre la famille et amis, je vous prie de m’en faire part. Adieu Cher Papa, je vous embrasse de tout mon cœur et demande de tous les deux la bénédiction.
Votre très affectionné fils
Vanaisse Ch.
Secrétaire
P.S. Bien des choses honnêtes de ma part à toute la famille et amis.
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Mes très Chers Parents,
Voulant vous donner de mes nouvelles autant que possible, je me hâte de profiter du séjour que nous faisons aujourd’hui dans cette ville pour vous écrire la présente, et malgré que je n’ai pas un moment à moi, je veux cependant vous donner un court détail sur les victoires que nous avons remportées sur l’ennemi depuis notre entrée en campagne.
Nous étions déjà parvenus jusqu’à la ville de Halle sans avoir rencontré l’ennemi, mais à cette ville les Prussiens s’étaient rassemblés en nombre à la porte, et en défendaient l’entrée, sur le pont qui est sur la rivière dont je ne me rappele pas du nom, mais deux divisions eurent l’ordre d’attaquer et de forcer l’ennemi à se retirer, ce qui fut éxécuté avec tant de promptitude que l’ennemi fut mis en déroute au bout d’un quart d’heure avec une perte considérable, et poursuivi pendant deux lieuers la baïonnette aux reins. Notre Régiment ne perdit dans cette affaire que 3 hommes tués et 20 blessés.
Le lendemain le Corps d’armée se mit à la poursuite de l’ennemi, qu’il aurait désiré rencontrer mais inutilement il fuyait à toutes jambes et nous n’attrapions que les moins habiles.
C’est à quelques jours de là que le restant de l’armée de Saxe a mis bas les armes et défilé devant le corps du prince Bernadotte.
Dans ma route j’avais pensé voir plus de bonheur que la dernière campagne, c’est-à-dire que j’espérais aller à Berlin puisque je n’étais pas allé à Vienne l’année dernière, nous en avions toujours suivi la route jusqu’à Brandenburg et je ne doutais plus de faire une visite à la Capitale, quant à cette dernière ville nous en quittâmes la route, en laisant Berlin sur la droite. Je n’ai pas non plus passé par Magdeburg ni Potsdam. Ayant été dirigé sur Defseau près de laquelle ville, nous avons passé l’Elbe. Nous avons encore marché pendant une huitaine de jours, sans apercevoir l’ennemi et aussi tranquillement que dans l’intérieur de la France, lorsque nous reçûmes l’ordre à Brandenburg de marcher doublement c’est-à-dire depuis heures du matin jusqu’à 10 heures du soir, en continuant jusqu’à ce que l’on rencontre l’ennemi, mais après trois jours de marche forcée, on aperçut leur arrière-garde qui eut une petite querelle avec notre avant-garde, mais sans envie de se battre et pour donner le temps à leur armée de se retirer ce qui donna lieu à un redoublement de force pour les attendre, mais inutilement, n’apercevant toujours que quelques détachements de cavalerie qui soutenait leur retraite, ce ne fut que le 6 novembre à environ 2 lieues de la ville de Lubeck, que notre corps d’armée prit au moins 300 voitures de bagages Prussiens avec quelques prisonniers qui se rendirent à discrétion ; ensuite on s’achemina vers la ville où notre avant-garde se tiraillait déjà mais bientôt l’affaire s’engagea, l’ennemi avait des retranchements imprenables et il fallait des Français pour les enlever, 20 pièces de canons défendaient une porte qui était déjà défendue par une petite muraille et par les remparts, et par dessus laquelle ces pièces jouaient à mitrailler sur notre division qui devait pénétrer par cet endroit ; notre Régiment fut un des premiers qui escalada ces retranchements d’assaut.
Entré en ville, l’ennemi se défendait vigoureusement, les maisons étaient remplies et vomissaient une grêle de balles, rien ne put arrêter le courage de nos militaires, et en 4 heures la ville fut prise. Jamais courage ne fut plus grand, tout ce que la mort a de plus horrible paraissait fait pour les animer. Quel spectacle de voir les rues de la ville couverte de cadavres, morts ou mourants, des ruisseaux de sang inondaient les rues, la perte de l’ennemi fut innombrable tant en tués que blessés, une quantité prodigieuse de prisonniers et toute son artillerie qu’il a abandonnée.
La perte de notre Régiment est de 3 officiers tués, 9 blessés, 60 sous-officiers et soldats tués, et 140 blessés, point de prisonniers. Le lendemain on se mit à la poursuite de l’ennemi, mais, au bout d’une heure de marche, des Parlemtaires se sont annoncés et le restant de l’armée demandait à capituler. Ce qui fut accordé entre les Maréchaux Bernadotte, Murat et Soult qui firent jonction. Environ 4.000 hommes de l’infanterie autant de cavalerie et toute l’artillerie mirent bas les armes et se rendirent prisonniers. Tel est le résultat de cette affaire. On envisage la guerre avec la Prusse comme terminée, cependant l’on est dans l’incertitude si nous cantonnerons ou si nous continuerons notre marche sur la Pologne où l’Empereur veut marcher dit-on au devant des Russes, si cela est, nous en verrons des difficiles et nous serons enlégumés !
La campagne comme vous devez juger a été très pénible, avoir parcouru la Saxe, la Prusse et pays dépendants, remporté plusieurs victoires, le tout en 40 jours, cela n’est pas si facile à faire qu’un bon repas.
Par rapport à la rapidité de notre marche nous avons beaucoup manqué de subsistances parce qu’on ne pouvait rien faire suivre et la troupe ne vivait que de ce qu’elle prenait chez les paysans ou bourgeois.
Mais aussi quelle destruction que commettait-elle pas : le pillage, le vol, le feu, tout était à son comble et partout où nous avons passé il ne reste aux gens que yeux pour pleurer. C’est une chose abominable on ne peut y penser sans frémir, les Généraux qui voyaient tout ce fracas, semblaient par leur silence l’autoriser.
Une chose qui est extraordinaire, c’est que de toute notre route nous n’avons pas eu de pluie, toujours un très beau temps, il faut croire que l’Etre Suprême protège les armées françaises.
Aussitôt un autre mouvement, soit pour cantonner ou pour continuer la guerre. Je vous en ferai part. J’espère que vous êtes tous en bonne santé, quant à moi, je me porte toujours à l’ordinaire.
Adieu, adieu, vous êtes bien heureux de ne pas être l’attaché de l’Etat Militaire.
En route, je voyais tous les jours Jaspart, il se porte bien, et Kocks aussi.
Je l’écris dans la plus grande hâte. Adieu.
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Thorn, (Département de la Vistule), 27 Octobre 1806
A Monsieur et Madame Vanaisse
Je n’ai point cru mes chers Parents ! qu’après la bataille de Lubeck, nous eussions été obligés de venir dans un pays aussi désert et misérable qu’est celui de la Pologne, et de faire marches forcées comme nous en avons faites depuis notre départ de Travemunde, jusqu’à cette ville. Nous n’avons cessé de faire dix à douze lieues par jour, même des journées de 14 et 15 lieues. Oui ! c’est une chose terrible de la manière que nous sommes conduits. Les travaux publics doivent être plus doux à supporter que l’état militaire en ce moment. Voyez combien il est malheureux, marcher nuit et jour avec un morceau de mauvais pain pour la subsistance, de la mauvaise viande, et encore très peu. Déjà une grande partie de mes camarades ne mange, dans les cantonnements, que des pommes-de-terre, et toutes sortes de mauvaises nourritures, ne boivent que de l’eau et ne couchent que sur la paille dans la turne remplie de vermine. En vérité cela fait pitié de voir d’aussi braves soldats dans la misère jusqu’à ce point, après avoir remporté tant de victoires et de bravoures ; encore serons-nous bien plus à plaindre dans quelques jours d’ici, quand nous nous enclaverons plus loin dans le pays, et que nous marcherons vers Karchow la capitale, où la plus grande partie de l’armée a passé.
Enfin, je me console vu que j’ai au moins un jour de repos pour avoir le plaisir de vous écrire. J’auras été très flatté de vous écrire de Berlin, mais nous n’y avons fait qu’un seul séjour, et ma besogne ne m’a point permis de prendre la plume pour ce sujet. Quoique cela, j’espère que la lettre de Thorn vous sera aussi agréable que si elle était de cette capitale.
Ma chère Moedertje, Consolez-vous pour votre fils, (Monsieur Bonappétit), et ne soyez pas dans l’inquiétude d’après les plaintes que vous apprend sa lettre, il se plaint de longues routes et de la misère, mais il vous assure qu’il n’est point des plus misérable, en ce moment il fait la route avec un superbe cheval qui lui appartient, et a soin de faire provisions de bouche avant de s’acheminer.
Le Colonel même, n’est pas en peine de lui aussi je vous prie de droire qu’il ne mourra point de faim, ni de fatigue et encore moins de boulets de canon, car il a soin de se mettre à l’abri de cette sorte de grêle.
Votre fils dévoué Charles
Ma chère Sœur, je me ferais un plaisir extrême de recevoir plus souvent de vos lettres. Je ne sais en vérité à quoi attribuer que vous me laissez si longtemps sans me donner de vos nouvelles. Vous savez tous, que c’est mon plus grand désir que d’en recevoir et vous ne m’en faites point parvenir ; c’est un reproche que j’ai à vous faire, et j’ose espérer qu’à l’avenir je n’aurai plus à me plaindre à ce sujet.
Petite filoune je vous embrasse
Votre frère Charles
Mais à propos ! Mon cher Joseph et Guillaume ! Mes frères, il y a longtemps que je n’ai jamais reçu de vos lettres ; a cause de pourquoi c’est que vous ne m’écrivez pas ? Savez-vous bien que je suis votre aîné et qu’il faut m’obéir ?
Ainsi je vous ordonne, non pas ordonner ! mais vous prie de faire une lettre que vous voudrez bien m’adresser, qu’elle soit du guide de gauche ou du guide droite, cela m’est égal, j’y verrai de l’amitié.
Mes frères, votre frère
Charles
Cher Papa et Maman !
Quoique je me plains beaucoup dans ma lettre de la misère, je vous prie de ne pas m’envoyer de l’argent car il ne m’en manque pas en ce moment.
Voilà trois jours que je suis dans cette ville, l’Etat-Major et le Régiment sont dans les villages, il n’y a que moi ici pour les vivres que l’on cherche tous les jours des cantonnements et j’y suis très bien. Je finis, crainte de vous ennuyer et vous demande la bénédiction.
Votre dévoué et subordonné
Vanaisse
P.S. Mon bonnet de police rempli de belles petites choses à la famille et amis, n’oubliez pas je vous prie Mr V. & St fils.
P.S. Mes très humbles hommages à Mr et Mme Debie, les plus grands de mes désirs sont de me trouver à même pour avoir l’honneur de les offrir en personne.
Tout est ici d’une cherté inexprimable.
Mon adresse : Monsieur Vanaisse
Secrétaire
du 1er Corps de la Grande Armée
Au 8ème Régiment de Ligne
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1er Corps Grande Armée
C.J. Vanaisse
A
Mademoiselle Vanaisse
Chère Sœur,
Votre agréable datée du 17 janvier, ainsi que celle Vanden Bruggen, me sont parvenues le 14 Février, flatté de recevoir une lettre qui contenait de si belles phrases et un si beau style. J’ai lu avec plaisir combien vous avez partagé le sort que j’ai failli entamer et de la manière avec laquelle vous vous êtes empressée pour me satisfaire aux demandes que je vous ai faites dans ma lettre de Pilgram, soyez persuadée chère sœur que je n’oublierai jamais ce que m’offre votre zèle pour les soins à mon égard et que vous trouverez toujours un frère qui conservera à jamais l’amitié fraternelle.
Depuis que je vous ai écrit nous avons fait près de 200 lieues pour venir cantonner dans la principauté d’Anspach, (appartenant avant le traité au roi de Prusse), où nous sommes depuis deux mois. Notre Etat-Major, 2ème et 3ème bataillons sont dans la ville, et le 1er bataillon dans villages environ. On dit que nous devons bientôt partir pour aller en garnison en Brabant, mais cela n’est pas encore décidé. Je voudrais rester ici pour quelques temps parce que nous sommes très bien logés chez les habitants.
Je désirerais de tout mon cœur satisfaire vos désirs à vous envoyer mon portrait. Mais il est de toute impossibilité vu que je n’ai point les moyens, il nous est dû 9 mois d’arrièrés et l’on ne nous paye pas un denier. Je ne fréquente point de société, crainte de dépenser ou de quelquefois tomber en affront, comme cela arrive très souvent d ans cet état, enfin en sortant du bureau je vais faire une promenade, après cela je rentre souper, et fais une partie au jeu de dames jusqu’à 10 heures avec la demoiselle de mon logement, voilà la manière dont je me conduis pour éviter les dépenses que pourraient occasionner les sociétés.
De cet argent que j’ai touché à Mr Daunij j’ai acheté une anglaise en drap bleu, un chapeau et un pantalon de velour, j’ai fait quatre chemises dont deux restent à remettre l’argent à un ami, qui a bien voulu me l’offrir, il ne me reste plus que quelques Kreitz argent du pays, que je conserve pour me faire blanchir.
Rien de nouveau par ici, que, il semble que les Russes voudraient encore recommencer la Guerre. Je dis d’après l a feuille de Manheim nous apprend.
Je désire que ma lettre vous trouve tous en aussi bonne santé que moi et vous soit si agréable que j’éprouve des plaisirs à vous l’écrire.
Fais moi l’amitié chère sœur, de demander des nouvelles de la famille de mes amis et amies, si le bonheur veut que nous allions en France ou Brabant, je leur prouverai à tous que je conserve toujours l’amitié pour eux.
Papa et Maman, ne s’échappent point une minute de mon esprit ou égarés à ce qu’il me semble de ma vue. J’espère qu’ils sont toujours là même et qu’il passera les beaux jours de printemps avec gaité et contentement. Je les embrasse du fond de mon cœur et leur souhaite tout ce que le ciel peut leur offrir d’agréable.
Suis avec amitié distinguée
Votre affectionné frère
Vanaisse
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Closter-Heilsbronn le 22 Aout 1806
A Mademoiselle Vanaisse,
J’ai reçu ma sœur, l’honneur de la votre du 9 août, y incluse celle de Papa, le 14 du même mois. Elles me firent la plus vive impression de joie, sûr, car d’abord je lus que vous aviez éprouvé une joie inexprimable en recevant mes lettres du 24 avril et 24 juillet, ensuite qu’elles étaient des épîtres pour vous, même qu’elles vous engageaient à les conserver à jamais dans votre portefeuille, et que vous vous divertissiez tous au mieux à mes dépends. C’est-à-dire du style haché avec lequel j’ai le plaisir de vous entretenir. Enfin petite friponne, je ne désire pas que vous me flattiez, mais j’espère, qu’à la première entrevue vous me ferez compliment de l’élégance de mon style.
La rhétorique j’espère n’y est pas ménagée, il faut convenir qu’il est d’une fameuse trempe (bref).
Je vais ma sœur, vous faire connaître ma déplorable position où je me trouve en ce moment. Je suis entre les mains de la faculté. C’est-à-dire au Charlatanisme de Monsieur le Docteur de Closter-Heilsbronn qui n’est au demeurant qu’un Barbier, mais pourvu qu’il ne me fasse pas la barbe jusqu’à l’épiderme. C’est tout ce que je lui demande. Bref, vous saurez ma sœur, qu’il m’est survenu un abcés à la gorge, placé directement au dessous de mon menton pointu, d’abord, je n’ai cru que ce n’était qu’un échauffement ou l’effet d’une malpropreté ou même d’une surabondance de nature, mais les progrès me firent bientôt connaître que ce mal était plus grave, car au bout de 24 heures ma gorge fut tellement enflée, qu’il me fallut de toute nécessité avoir recours à la doctorerie de notre malheureux Barbier, qui tout aussitôt me cracha à la figure quelques gros mots Allemands, me félicitant d’avoir ce mal, et que c’était heureux pour moi que ce dépôt se soit porté dans cette partie. Mais, ma sœur avec tout cela j’ai bien de la peine à me consoler, de ne pouvoir pas à peine sortir de ma turne, et n’avoir d’autre consolation que de dire « à quelque chose malheur est bon ».
J’espère cependant sous peu de jours que les médicaments auront fait leur effet et que je serai totalement soulagé de ce coquin d’abcès.
Cette fois ci, vous allez connaître votre frère pour un bavard, je vous en préviens afin que vous ne doutiez point de cette réalité. (Comme dit le proverbe, pêché confessé est à moitié pardonné).
Je vais donc ma sœur, d’après cette belle maxime vous raconter mon conte, d’abord vous voyez vous-même que le pauvre Arlequin a manqué de s’enlégumer, mais qu’il pronostique encore que le commencement de son indisposition…ce n’est point encore fait, malgré cela, il faut que vous conveniez ma sœur, qu’il faut un sacré estomac pour être un Militaire français, surtout quand les onguents ne sont point justes.
Mais un moment, quittons ce style élégant, pour avoirl’honneur de vous entretenir de Mr et Mme De Bie. Il est donc vrai ma sœur, qu’ils ont tant de bonté jusqu’au point à me faire faire des compliments qu’ils s’intéressent à mes lettres et même demandent à les voir ? En ce cas je vous prie d’être près d’eux l’interprête de mes sentiments, de leur faire agréer mes hommages respectueux, et que je ne puis exprimer combien j’ai lieu d’être flatté de l’honorable souvenir de Mr et Mme De Bie.
Je rappelle à votre souvenir, cette bague dont je vous ai parlé dans la lettre du 23 Juillet. Incérez-là dans la première que vous me ferez parvenir, de manière à ce qu’elle me parvienne sans risque.
Mon malheureux portrait ne veut point se faire parce que 36 sous me manquent pour le commencer.
Je conviens que votre chute a fait beaucoup d’éclat, et que vous avez lieu de vous en plaindre, mais tâchez, petite friponne, de ne pas en faire une seconde, ou le mal pourrait être plus grave et plus éclatant.
Lisez bien cette phrase crainte qu’elle ne vous échappe.
L’uniforme que va venir notre Régiment aura lieu au mois de Janvier prochain, il sera habillé de la manière suivante :
Savoir :
Habits blancs
Boutons blancs
Parements et collet vert impérial
Et passepoil de la couleur tranchante
J’espère qu’alors nous serons des Muscadins qui pourront faire par les flanc droit et flanc gauche, mais aussi quand vous me verrez de la sorte, me prendrez-vous pour un perruquier de Carnaval. Enfin pour éviter de passer pour un …, je tâcherai d’obtenir la bienveillance du Colonel, afin de porter une redingote de drap impérial ; comme étant au bureau, il voudra bien me le permettre.
L’anniversaire de la naissance de sa Majesté l’Empereur et Roi a été célébré à Anspach par les 8e et 45ème Régiments de Ligne, 3 Régiments de Dragons, deux escadrons d’artillerie et un escadron du 5ème Hussard que S.A.S. le Maréchal Prince de Ponto Corvo a fait manœuvrer et fait faire l’exercice à feu pendant 6 heures. Il a été très satisfait de ,otre Corps, et a dit qu’il était un des plus beaux de son armée.
J’ai manœuvré ce jour là en distribuant, le pain, fromage vin et bière qui sont donnés sur le terrain de manière que j’ai eu autant de fatigue que les camarades.
Adieu ma sœur, j’attends avec la plus vive impression le moment qui me mettra à même de vous prouver la reconnaissance de votre dévoué frère.
V. Ch.
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Strasbourg en Pologne le 2 Février 1807
Grande Armée
1er Corps
2ème Division
8ème Régiment d’Infanterie de Ligne
Nous soussignés Membres du Conseil d’Administration dudit Régiment, certifions que M. Charles Joseph Vanaisse, Caporal à la 8ème Compagnie du 1er Bataillon, fils de Jean Joseph et de Anne Catherine Dereydt né à la paroisse Berchem-St-Agathe, arrondissement de Bruxelles département de la Dyle, conscrit de l’An 12, est maintenant présent à la Compagnie et qu’il y fait son service depuis le 13 Vendémiaire An 12. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour lui servir et valoirce que de droit.
A Strasbourg en Pologne le 2 Février 1807
Le Colonel Martin
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Strasbourg en Pologne le 4 Février 1807
M. Vanaisse Fils
Je vous envoie mon cher frère le certificat demandé par votre lettre du 16 décembre dernier. Je suis fâché de ce qu’il y a eu du retard dans cet envoi, mais soyez persuadé que les circonstances où nous sommes en ont été la seule cause.
Depuis le 13 Octobre, jour de mon départ à Thorn, nous n’avons cessé d’être au bivouac, et encore continuellement. Je vous derai détail de tout quand nous jouirons d’un jour de repos, après lequel j’aspire depuis longtemps. Je vous dis seulement que notre Régiment s’est battu le 26 Janvier et que 2 mille hommes qu’il était, réduit à neuf cents hommes. Ce sont Messieurs les Russes qui l’ont arrangé de cette manière.
Le pauvre camarade Kockx a reçu une balle dans la jambe à cette affaire. Ils nous ont pris les caissons qui suivaient les Régiments, de manière qu’ils m’ont pris une grande partie de mes effets. Ce sont les Cosaques brigands sans égal, qui nous ont enlégumés de cette manière, ils ne cherchent qu’à piller et ravager tout ce qui se trouve entre leurs mains et agissent de la manière la plus vile envers nos gens.
Nous avons aussi battu en retraite trois jours, mais actuellement l’armée s’avance du côté de Königsberg oùles Russes sont débarqués. J’espère cependant qu‘en peu de temps nous serons les vainqueurs, que tout ira au mieux.
Adieu mon cher frère je vous embrasse de tout mon cœur
Votre frère
Vanaisse
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Brouillon de lettre, écrit sur une feuille pliée en quatre et encartée dans le cahier.
Beaucoup de Généraux tués et blessés, perdu 3 drapeaux et un Maréchal d’Empire dangereusement blessé. Enfin malgré que nous avons éprouvé une perte considérable nous avons gagné la position de l’ennemi et depuis lors nous sommes revenus sur nos pas, et pris des cantonnements le long de la Vassade petite rivière rapide où nous n’avons presque point de repos, vu que l’ennemi est de l’autre côté. Dantzig est bloquée, Grodenz l’est depuis longtemps, mais aucune de ces villes ne sont prises par les Français ni même Königsberg.
La mauvaise nourriture et la misère qu’éprouvent les troupes sont cause que nous avons un grand nombre de malades. Cependant d’après ce que me disent les journaux, l’armée se porte on ne peut mieux, et font même mention qu’il y a des vivres, l’impossible dans ce pays-ci. Ah ! comme l’on endort les familles de pauvres malheureux qui sont expirés et qui sont à expirer. Comme on leur conte du mensonge. Ne croyez pas ma sœur ce que vous apprennent les feuilles car elles épargnent la vérité.
Chère sœur, vous dîtes donc que notre bonne Moedertje est consolée, elle est sans doute contente de recevoir des nouvelles de son Charelke, ah ! la bonne Moedertje que je pense souvent à elle, il me paraît même bien souvent que je la vois, que je lui parle et que je lui donne une petite claque sur son petit menton pointu. Elle va dire cette fois ci, (ik geloof dat mijn zoontje zot is), ou bien elle dira, (wat heeft hij nu aan). Je suis si perdu de m’entretenir de notre Moedertje que je ne pense pas à vous dire combien il m’a fait plaisir que mon frère Joseph, n’est pas tombé au sort de devoir marcher.
J’espère qu’il s’empressera de son métier et de l’écriture. Mr le Baron de Tulipiano veut plaisanter avec moi, il me marque que son cœur dicte plus que sa plume ne peut m’écrire. Pourquoi donc ne s’instruit-il pas, il pourrait m’en dire d’avantage.
Mon frère le Marquis de Germanij est un petit farceur, et ne me dit rien de beau.
Et vous Mademoiselle la Comtesse de Schwisenkisky, vous savez assez bien m’amuser par vos lettres, mais ne me parlez plus de vous faire parvenir mon portrait, tant que nous serons si éloignés de l’un l’autre, il suffit de vous dire qu’aussitôt qu’il me sera possible de l’envoyer je m’empresserai de vous le faire parvenir.
Mon porte-manteau m’a été pris par les Russes le 28 Janvier dernier. Ce qui cause une diminution dans ma bourse. Il ne me reste absolument plus qu’un médaillon en or que j’ai acheté deux Louis pour vous.
Ici s’arrête le texte de Charles Joseph Vanaisse.